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jeudi 12 avril 2018

Collaboration éducative

Education : et si on arrêtait la compétition ?

Les pays nordiques et anglo-saxons ont adopté une pédagogie fondée sur le travail collectif. L’idée émerge à peine en France.

LE MONDE | 15.11.2017

Signal faible d’une renaissance durable ? Baroud d’honneur ? Poitiers a accueilli début novembre une première Biennale internationale de l’éducation nouvelle. Elle a été portée par six mouvements qui défendent les pédagogies dites coopératives, celles qui avancent que les élèves apprennent mieux ensemble, en se questionnant, en réalisant des projets communs, et surtout que ces approches contribuent à forger « le futur citoyen capable de remplir ses devoirs envers ses proches et l’humanité dans son ensemble, mais aussi l’être humain conscient de sa dignité d’homme ».

De fait, les résultats de la recherche sont constants : à l’école primaire, les pédagogies coopératives se révèlent non seulement favorables aux apprentissages mais elles rejaillissent également sur la qualité de vie à l’école, le climat scolaire et l’estime de soi. En outre, atténuer la compétition entre élèves renforce la motivation et leur satisfaction scolaire. Pourtant, en France comme dans de nombreux pays, domine toujours ce que Nathalie Mons, directrice du Conseil national de l’évaluation du système scolaire, nomme la « pédagogie du bus » : le même contenu est proposé au même moment à tous les élèves d’une classe réputée de niveau homogène. « La coopération entre pairs à l’école primaire n’est pas inscrite dans le paradigme scolaire français. Alors qu’elle fait partie de la culture anglo-saxonne – on la retrouve aux Etats-Unis ou dans les pays nordiques et asiatiques. La France fait figure d’exception », tranche la sociologue.

Conditions propices

Cette exception est à mettre sur le compte de l’opposition de l’Eglise catholique au développement de l’enseignement mutuel en France, au XIXe siècle. Cette pédagogie, dans laquelle chaque élève apprend et transmet, rompt avec le mode d’enseignement dit simultané – le maître face à ses élèves. Elle a d’abord été mise en place en Angleterre, au début du XIXe siècle, avant de se répandre en Europe. Dans l’Hexagone, elle a été vue comme une offensive des libéraux athées et protestants et comme une tentative de laïcisation de l’enseignement. Elle tentera une modeste percée dans l’entre-deux-guerres, portée par le mouvement de l’éducation nouvelle, puis à la fin des années 1960, mais sans jamais s’imposer à l’ensemble du système. Si bien que les enseignants français qui adoptent, ici ou là, des pratiques pédagogiques coopératives demeurent à la fois marginaux et marginalisés.

L’organisation et les atouts de ces pratiques, parmi lesquelles le travail de groupe et le tutorat, sont au cœur d’ “Enseigner sans exclure”, le dernier ouvrage de l’enseignant-chercheur Sylvain Connac. « Le travail de groupe permet [aux élèves] de communiquer leurs idées personnelles, d’entendre celles des autres, de les confronter et de chercher “qui a raison”, de ne pas parvenir à se mettre d’accord et, au final, de se poser tellement de questions que les explications de l’enseignant répondent à une faim avide de savoir », explique-t-il. Les compétences ainsi développées favorisent l’acquisition de la culture écrite. Quant au tutorat, le chercheur le juge non seulement « intéressant en termes de développement de l’altruisme » mais aussi susceptible de « faire progresser chaque élève dans les apprentissages, s’il est tour à tour tuteur et tutoré », comme l’ont également montré les travaux de Claire Héber-Suffrin, docteure en sciences de l’éducation. « La meilleure façon d’apprendre, c’est d’enseigner. Avec la pluralité des savoirs scolaires, c’est possible. Il n’y a pas d’élève nul partout », affirme Sylvain Connac.

Cette possibilité donnée à chaque enfant de « prendre la tête du peloton », Dominique Garoche a pu l’observer en séjournant à la Lauttasaari Primary School d’Helsinki, en Finlande, dans le cadre d’un projet Erasmus +. « La palette d’activités manuelles et intellectuelles proposées permet à chacun d’être valorisé dans un domaine. Les enfants bricolent et fabriquent énormément, ensemble, par deux ou trois, en s’entraidant », décrit cette professeure des écoles. Elle insiste sur les conditions propices au développement de l’individualisation des apprentissages et de la coopération entre pairs au sein de l’école finlandaise : espaces dévolus et outils à foison pour les activités manuelles, leadership de la directrice et de son adjointe favorisant le travail en équipe, enseignants formés et suivis, et présence d’enseignants supplémentaires dans l’école. Dominique Garoche compare : « En Finlande, la coopération existe entre adultes et entre pairs. On ne peut pas apprendre aux élèves à coopérer si on ne le fait pas nous-mêmes. »

« Message clair »

L’ancien directeur général du Centre de mobilité et de coopération internationales du ministère finlandais de l’éducation, Pasi Sahlberg, dresse également le tableau flatteur d’une école connue pour caracoler en tête des classements internationaux. « La culture des écoles finlandaises est coopérative. De nombreux apports de Célestin Freinet, Maria Montessori, et d’autres pédagogues, sont intégrés dans les salles de classes ordinaires. La responsabilité collective de l’enseignement et de l’apprentissage y est essentielle. »

Toutefois, en se référant aux récents travaux de Sherry Turkle, anthropologue au MIT (Massachusetts Institute of Technology, Cambridge, Etats-Unis), l’expert en éducation s’inquiète du « déclin notable de l’empathie chez les adolescents finlandais, grands utilisateurs de technologies numériques et en particulier des médias sociaux, qui ne sont pas toujours bons pour leur développement ». Selon Pasi Sahlberg, « la réduction des programmes scolaires pour se concentrer sur des choses mesurables a réduit les opportunités et la motivation à enseigner l’empathie à l’école ». Un apprentissage qu’il juge pourtant important pour l’humanité, la cohésion sociale et l’harmonie dans nos sociétés. Ce fin connaisseur des systèmes éducatifs invite à se tourner vers le Canada, pays le plus avancé en la matière.

C’est dans la province canadienne de Québec que l’enseignante Danièle Jasmin a développé la méthode dite du « message clair ». Cette technique de communication non violente permet de faire travailler les élèves sur leurs émotions, le développement de leur empathie et leur capacité d’écoute. Le professeur des écoles Bruce Demaugé-Bost l’utilise avec les 28 élèves de sa classe multiniveaux située en REP + (Réseau d’éducation prioritaire renforcé), à l’école Federico-Garcìa-Lorca de Vaulx-en-Velin, près de Lyon. « Avant, quand un élève était gêné par son voisin, le ton pouvait vite monter. Maintenant, il informe son camarade qu’il a un “message clair” pour lui. » S’ensuit alors un échange codifié, qui va de l’exposé de la situation à la proposition d’une solution, en passant par la verbalisation des émotions de l’émetteur du « message clair ». A l’instar de cette technique, venue d’Outre-Atlantique, les bonnes pratiques se jouent désormais des frontières, grâce à Internet et aux médias sociaux.


Source: Le Monde

jeudi 28 septembre 2017

C'est (encore) la rentrée!

Bonne rentrée à toutes et à tous!

Rentrée étudiante : des associations et activités pour s’intégrer

LE MONDE | 15.09.2017 Par Caroline Pain

La rentrée, et les journées d’accueil alors organisées, sont un moment clé pour nouer des liens quand on débute un cursus d’études supérieures. Voici quelques pistes pour éviter de faire partie des 28 % d’étudiants qui disent souffrir de solitude.

En cette rentrée étudiante, nombre d’anciens lycéens ou élèves de prépa ou BTS, habitués aux classes de 30 à 35, vont découvrir les grands amphithéâtres. Si au sein des grandes écoles, les initiatives sont nombreuses pour faire connaissance, l’entrée à l’université est parfois synonyme d’isolement : au total, d’après l’Observatoire de la vie étudiante, plus d’un quart des étudiants disent souffrir de solitude.

Voici quelques pistes pour s’intégrer et faire des rencontres sur les campus ou en dehors, en profitant notamment des présentations des associations et activités culturelles et sportives, lors de journées d’accueil que de plus en plus d’établissements organisent.

A noter qu’à compter de cette année, les universités auront l’obligation de reconnaître l’engagement étudiant en le validant par des crédits universitaires, ce qui peut permettre de joindre l’utile à l’agréable.

Participer à des événements et activités culturels

Ecoles et universités proposent des événements culturels durant l’année, auxquels il est possible d’assister, souvent à moindre coût voire gratuitement, et d’ainsi rencontrer des étudiants aux mêmes affinités. Elles offrent aussi la possibilité d’y prendre une part active : c’est comme ça que Selina Newstead-Bishop a découvert C-Lab, la radio étudiante de l’université de Rennes-II, qui fait partie du réseau national Radio Campus. « Je voulais faire des études dans le journalisme, j’ai tenté plusieurs formations mais je n’ai pas réussi. Alors quand j’ai vu qu’il y avait une radio étudiante, j’ai foncé. »

Depuis trois ans, l’étudiante en licence information et communication anime une émission hebdomadaire de musique. Elle participe également à la réalisation d’autres émissions, en tant que technicienne. « Avant l’émission on travaille dans la salle de rédaction, c’est une grande salle où on se retrouve souvent, où on discute, raconte l’étudiante de 22 ans. Quand on enregistre ensuite on croise l’équipe d’avant et celle d’après, il y a une relation qui se crée tout au long de l’année. J’ai pu rencontrer beaucoup d’étudiants grâce à C-Lab. »

Faire du sport, à moindre coût

C’est plutôt évident : les activités sportives sont un bon moyen de rencontrer des gens. Alors qu’au lycée, le sport faisait partie intégrante de la scolarité des élèves, à l’université ce n’est plus obligatoire. Chaque université dispose d’un service universitaire des sports, où les inscriptions s’ouvrent en début d’année, pour permettre aux étudiants de continuer ou de découvrir une activité. Sans oublier que cela permet par ailleurs de gagner des points au moment des examens : les activités sportives peuvent en effet être transformées en unité d’enseignement et ainsi s’ajouter aux autres notes du semestre. Enfin, cela permet de pratiquer un sport à moindres frais, quand les coûts des clubs ou centres sportifs sont souvent élevés.

En fonction de l’activité, les étudiants peuvent ainsi être amenés à participer à des compétitions ou des rencontres interuniversitaires. Comme par exemple les rencontres annuelles de danse organisées par l’Université de Pau et des Pays de l’Adour, à Bayonne dans les Pyrénées-Atlantiques. Des groupes d’étudiants venus d’universités de toute la France se réunissent pour un week-end de stages de danse et de compétition.

Donner de son temps en dehors de l’université

Il n’y a pas que sur le campus que les associations s’ouvrent aux étudiants. Nombre d’entre elles cherchent des bénévoles pour quelques heures hebdomadaires. Luce Raina a par exemple œuvré au sein du Groupement étudiant national d’enseignement aux personnes incarcérées (Génépi), pendant ses trois années de licence de droit à Pau.

Chaque semaine, avec d’autres étudiants, elle se rendait dans la maison d’arrêt de la ville pendant un après-midi. « Quand je suis arrivée en première année, c’était vraiment bien de faire partie de ce groupe parce qu’il y avait beaucoup d’élèves en droit plus âgés et donc plus expérimentés. Au-delà du fait que cela correspondait à mon projet professionnel, j’ai fait des rencontres très enrichissantes, que ce soit avec les professionnels qui nous formaient, qu’avec les détenus que l’on rencontrait. »

Lors de sa troisième année de licence, Luce Raina est devenue responsable du groupe local, une année qui fut donc riche en travail, mais finalement fructueuse. « Le Génépi a pris beaucoup de place dans mon quotidien, mais c’est finalement cette année-là que j’ai le mieux réussi sur le plan académique. » Cette expérience a beaucoup marqué sa scolarité : elle a soutenu il y a quelques jours son mémoire de master 2 de droit pénal et criminologie sur la peine d’emprisonnement à l’université de Reims.

Se tourner vers des groupes de pairs

Des associations et lieux existent aussi pour se rencontrer entre étudiants d’un même pays ou région d’origine, comme l’Association générale des étudiants vietnamiens de Paris (AGEVP), ou selon ses croyances religieuses. A Toulouse, la pastorale étudiante organise des messes hebdomadaires qui réunissent chaque semaine entre 500 et 600 étudiants, indique l’abbé Arnaud Franc : « Les profils sont très variés, il y a bien entendu de fervents catholiques qui ne peuvent pas manquer une messe. Mais aussi beaucoup d’étudiants étrangers qui sont originaires de pays catholiques et qui viennent donc naturellement vers notre pastorale. »


Alors que beaucoup d’étudiants souffrent de solitude, la pastorale étudiante organise pour la première fois un week-end d’intégration, fin septembre, symbole d’une volonté « de rajeunir l’image de l’Église », précise l’abbé Arnaud Franc. Pour Nicolas Molodtzoff, étudiant membre de la pastorale, « ce week-end d’intégration est fondamental pour faire en sorte que les gens se sentent à l’aise, alors que jeune et seul, ça ne fait pas bon ménage ». Cet étudiant en master de psychologie à l’université Jean-Jaurès explique que quand il est arrivé à la pastorale, il se sentait « bien intégré » et « ne cherchait pas forcément à lutter contre la solitude. (…) Mais au fil des mois, je me suis rendu compte qu’en étant ici, je pouvais discuter de choses que je n’aurais pas forcément abordées ailleurs. »

Source: Le Monde

jeudi 6 avril 2017

Réseaux sociaux et solitude

Plus on utilise les réseaux sociaux, plus on se sent seul

Une étude tente de répondre à la question : « Se sent-on seul parce qu’on passe trop de temps en ligne, ou passons-nous trop de temps en ligne justement parce qu’on se sent seul ? »

LE MONDE | 09.03.2017  Par Luc Vinogradoff

Des chercheurs de l’université de Pittsburgh (Pennsylvanie) se sont intéressés à la relation qui pourrait exister entre le temps passé ou perdu sur les réseaux sociaux et le sentiment d’isolement de ceux qui les utilisent. Les résultats de leur étude, réalisée en 2014, viennent d’être publiés dans l’
American journal of preventive medicine.

La méthodologie :

Un échantillon de 1787 Américains âgés d’entre 19 et 32 ans ont été questionnés sur la fréquence d’utilisation et le temps passé, en dehors du « temps de bureau », sur onze réseaux sociaux : Facebook, YouTube, Twitter, Google Plus, Instagram, Snapchat, Reddit, Tumblr, Pinterest, Vine (RIP), LinkedIn.
Ils ont répondu à un questionnaire pour déterminer leur « isolement social perçu », dont l’échelle évalue « la perception d’être évité, exclu, détaché, déconnecté ou inconnu des autres ». Le but n’était pas de définir l’isolement « objectif » du sujet, mais pour le sujet de leur dire le degré d’isolement dans lequel il a l’impression de vivre. « La perception d’être isolé socialement et seul – et pas seulement le manque objectif de connexions sociales – est particulièrement liée à des maladies physiques et mentales », rappellent en introduction les chercheurs.

Les conclusions :

Les données récoltées ont permis aux chercheurs de dire qu’il existe un lien important entre « l’isolement social perçu » et une forte utilisation des réseaux sociaux, « même après avoir pris en compte des facteurs démographiques et sociaux qui auraient pu influencer les résultats » :
Comparées aux personnes qui utilisent les réseaux sociaux pendant moins d’une demi-heure par jour, celles qui le font pendant plus de 121 minutes ont deux fois plus de chances de ressentir un isolement social perçu plus élevé.
Comparées à celles qui ont visité des réseaux sociaux moins de neuf fois par semaine, celles qui les ont visités plus de 58 fois ont trois fois plus de chance de ressentir un isolement social perçu plus élevé.

« Nous sommes des créatures fondamentalement sociales, mais la vie moderne a tendance à nous compartimenter plutôt que de nous rapprocher. On peut avoir l’impression que les réseaux sociaux nous permettent de remplir ce vide social, mais je pense que cette étude suggère que ce n’est peut-être pas la solution que les gens espéraient », dit le professeur Brian Primack, qui a dirigé l’étude.

Les chercheurs émettent plusieurs hypothèses, plus ou moins crédibles, pour tenter d’expliquer ce lien. A trop traîner en ligne, on se sentirait plus seul parce que :
- « Plus on passe du temps sur Internet, moins on a de temps pour des interactions dans la vie réelle » ;
- « Certaines caractéristiques de la vie en ligne facilitent le sentiment d’exclusion. Par exemple, quand un individu découvre des photos d’un événement auquel il n’a pas été invité » ;
- « Etre exposé à une représentation idéalisée de la vie d’autrui peut susciter la jalousie et vous faire ressentir que votre vie est décevante et morne en comparaison. »

Un lien, mais pas de lien de causalité

Ceux d’entre nous qui perdent leur temps sur les réseaux, et sont extrêmement conscients de le perdre, se reconnaîtront dans (certains) des mots et (certaines) des conclusions du professeur Primack. Cette impression de passer beaucoup plus de temps que nécessaire à faire F5 sur Facebook, à tourner en rond sur Pinterest, à voir son flux Twitter défiler sur l’écran, pour être sûr de ne rien rater.
Si vous êtes arrivés à ce stade de l’article, c’est que le sujet vous intéresse, plus que le seul partage de son titre sur les réseaux sociaux (bravo !). Si les chercheurs notent que les personnes qui ont passé le plus de temps sur les réseaux sociaux sont aussi celles qui se considèrent comme les plus isolées, ils ne disent pas que les réseaux sociaux sont la raison de cet isolement. Aucun lien de causalité ne peut être scientifiquement prouvé.

« Nous ne savons pas ce qui est apparu d’abord : l’utilisation des réseaux sociaux ou l’isolement social perçu », résume la professeure Elizabeth Miller, coauteure de l’étude.
La question à laquelle les chercheurs ne peuvent pas répondre est : se sent-on seul parce qu’on passe trop de temps en ligne, ou passons-nous trop de temps en ligne justement parce qu’on se sent seul ? « Cela pourrait être une combinaison des deux, tente Elizabeth Miller. Mais même s’il y avait un isolement social au départ, il n’a pas été soulagé par plus de temps passé en ligne. »
L’étude fait attention à ne pas tomber dans la conclusion binaire facile de dire que tout est de la faute des réseaux sociaux. En partant d’un constat médical reconnu (la hausse de l’isolement des jeunes aux Etats-Unis), elle tente de comprendre sa relation avec un aspect de la vie quotidienne qui ne va pas disparaître (90 % des « jeunes adultes » américains étaient sur les réseaux en 2014, selon le Pew Research Center) et a le mérite d’ouvrir des futures pistes de recherches en ne considérant pas ce qu’apporte la technologie uniquement sous un aspect négatif ou pessimiste.

Cette approche du « verre à moitié plein » apporte notamment cette conclusion :
1. d’accord, la forte utilisation des réseaux sociaux est liée à un isolement perçu fort ;
2. mais elle « pourrait aussi offrir des opportunités de socialisation qui ne sont pas optimisées » ;
3. des individus disent que leur temps passé en ligne comporte des interactions avec d’autres individus, mais que celles-ci ne « se traduisent pas en de “vraies” interactions sociales » ;
4. « Par conséquent, un des leviers d’intervention potentiels pour les pouvoirs publics serait d’essayer d’aider à transformer ces interactions en ligne en des relations plus importantes et concrètes. »




mardi 31 janvier 2017

Les arbres en ville

Les arbres rafraîchissent l’air des villes tout en réduisant leur pollution

LE MONDE | 03.11.2016 Par Laetitia Van Eeckhout

Selon une étude de l’ONG Nature Conservancy, en investissant à peine 3,6 euros par habitant dans la plantation d’arbres, les villes pourraient sauver entre 11 000 et 37 000 vies par an.

Développement du réseau de transports en commun, des services d’autopartage, aménagement de pistes cyclables, de zones piétonnes, restriction de la circulation dans le centre-ville, couverture de voies rapides… Les villes se montrent de plus en plus soucieuses d’améliorer la qualité de l’air sur leur territoire. Dans le même temps, sous l’effet du changement climatique, elles sont appelées à connaître des épisodes caniculaires de plus en plus fréquents et de plus en plus intenses.

Parmi les solutions, il en est une, encore trop souvent sous-estimée, qui présente l’avantage de relever ce double défi d’assainir et de rafraîchir l’air localement : la plantation d’arbres. C’est ce que rappelle l’ONG environnementale américaine Nature Conservancy dans un rapport présenté lors de l’Assemblée annuelle de l’American Public Health Association qui se tenait les 1er et 2 novembre à Denver (Colorado).

« Les arbres ne peuvent pas, et ne doivent pas, se substituer à d’autres stratégies d’assainissement atmosphérique, mais ils sont un puissant moyen de purifier et refroidir l’air, qui peut y être associé », souligne l’ONG qui a analysé le cas de 245 des plus grandes métropoles du monde. Et celle-ci de calculer qu’en investissant à peine 4 dollars (3,6 euros) par habitant dans la plantation d’arbres, ces villes pourraient sauver entre 11 000 et 37 000 vies par an et améliorer la santé de dizaines de milliers de personnes, en réduisant la pollution de l’air et en apportant de la fraîcheur dans les rues. Pour établir ces projections, Nature Conservancy s’est appuyée sur les études médicales et scientifiques portant d’une part sur la capacité des arbres à assainir et rafraîchir l’air localement, et d’autre part sur l’impact sur la santé d’une baisse des températures et des concentrations en particules dans l’air.

Filtrer les particules

De nombreuses études scientifiques montrent que les arbres filtrent les particules contenues dans l’atmosphère, ainsi que bien d’autres polluants de l’air. Mais aussi que l’ombre projetée par les arbres et la transpiration végétale produite lors de la photosynthèse contribuent à faire baisser la température de l’air. Or, dans toutes les villes, le taux de couvert végétal a baissé au cours des vingt ou trente dernières années.

Aujourd’hui dans le monde, selon l’Organisation mondiale pour la santé (OMS), la pollution de l’air extérieur tuerait 3,7 millions de personnes par an. Dans une étude publiée dans la revue Nature en septembre 2015 et portant sur les sources de cette pollution meutrière, une équipe internationale de chercheurs d’Havard et de l’Institut allemand de chimie Max-Planck, a même démontré que les seules particules fines émises par les épandages agricoles, le chauffage, les transports étaient à elles seules responsables de 3,2 millions de morts, essentiellement entraînés par des maladies cérébrovasculaires (type AVC) ou cardiaques (infarctus). Ce nombre pourrait quasiment doubler d’ici à 2050 et atteindre 6,2 millions.

Quant aux canicules, selon l’OMS, elles pourraient provoquer d’ici le milieu du siècle la mort chaque année de 256 000 personnes. Or, observe l’ONG, les arbres peuvent réduire de 20 % à 50 % les concentrations en particules fines et offrir une diminution de température d'entre 1 et 2 °C.
Un impact sensible localement

« L’impact est plus ou moins fort selon l’importance du trafic, la densité, la configuration géographique du quartier », souligne Pascal Mittermaier en charge, pour Nature Conservancy, de la place de la nature au sein des villes. Mais celui-ci d’insister : « La plantation d’arbres est une solution qui doit être réfléchie. Planter n’importe où ne sert pas forcément. » D’autant que « les arbres fournissent des réductions sensibles, mais concentrées localement, des particules et de la température, l’essentiel de cette atténuation intervenant généralement dans un rayon de 300 mètres autour des plantations », précise l’étude.

« Il est pertinent de mettre des arbres le long des grands axes de circulation pour protéger les habitations mitoyennes des afflux de polluants, mais aussi dans les zones piétonnes, à proximité des écoles, des maisons de retraite, des hôpitaux, relève Pascal Mittermaier. En France, lors de la canicule de 2003, il y a eu moins de décès là où il y avait plus de couvert végétal. »

Bienfaits multiples

Le choix des arbres a aussi son importance. Les types d’arbres plantés il y a 50 ou 100 ans (comme les platanes, ou les marronniers) ne répondent souvent pas aux besoins d’aujourd’hui car ils forment en se déployant un couvercle retenant au sol la pollution. En revanche, les arbres aux feuilles poilues, tels les bouleaux, sont efficaces pour la suppression des particules.

En plus d’assainir l’atmosphère, rappelle l’ONG, les arbres favorisent aussi la biodiversité, jouent un rôle important dans la gestion des eaux de pluies, préviennent l’érosion, réduisent le bruit. « La nature en ville, insiste Pascal Mittermaier, c’est aussi du bien-être, un plaisir esthétique, pour les résidents. » Autant d’atouts essentiels pour les villes qui d’ici le milieu du siècle abriteront les trois quarts de la population mondiale.


jeudi 3 novembre 2016

Miss Norma

« Miss Norma », la grand-mère qui a préféré le voyage à la chimiothérapie, est morte

LEMONDE | 04.10.2016

En mars, Big Browser vous racontait l’histoire de Norma Jean Bauerschmidt, alias « Miss Norma », une Américaine de 90 ans atteinte d’un cancer qui avait choisi, plutôt que de subir une chimiothérapie, de prendre la route en camping-car avec son fils et sa belle-fille. Son voyage de plus d’un an à travers les Etats-Unis était raconté sur la page Facebook « Driving Miss Norma ». Le 30 septembre, un sobre message citant le poète persan Rumi – « la vie est un équilibre entre tenir bon et lâcher prise » – annonçait aux près de 500 000 personnes qui suivaient son aventure que « Miss Norma » était morte à l’âge de 91 ans.

Pour sa dernière année de vie, elle aura parcouru près de 21 000 kilomètres dans 32 Etats américains et au Canada, des Rocheuses au Grand Canyon, en passant par les plaines du Dakota du Sud et les côtes de Floride. Sa famille mettait régulièrement en ligne des photos de la vieille dame, systématiquement souriante dans les paysages qu’elle découvrait, pour que ceux qui avaient été émus par le courage de son initiative puissent la suivre. Pour l’anniversaire « des 365 jours sur la route », la famille avait fait une fête « dans le plus pur style Miss Norma. Tartes au citron vert et au chocolat et bière bien en avant, bien sûr ! »

Les images des dernières semaines ont montré une Norma plus affaiblie, moins rayonnante, qui apparaissait équipée d’un respirateur. Le 10 septembre, un message informait le public que le périple avait finalement pris fin, début août, dans l’état de Washington, sur la côte ouest des Etats-Unis. « Nous avions le projet d’aller voir des baleines, visiter des îles et profiter de la fin de l’été […]. Au lieu de cela, nous avons dû accepter peu à peu l’idée que notre aventure avec Miss Norma touchait à sa fin. Sa santé commence à décliner et nous avons essayé de trouver le meilleur moyen de l’annoncer au monde. » Même les dernières images heureuses de « Miss Norma », comme celle d’un tour en voiturette avec son chien, masquaient une dégradation rapide de son état de santé.

« Ce que vous ne saviez pas, c’est que pendant ce tour de voiture, Norma avait une bombonne d’oxygène à ses pieds, au cas où ». L’engouement des internautes et des médias pour l’histoire de Norma restait « un mystère » pour elle, selon le message posté un an après le début du voyage. « Nous avons souvent du mal à expliquer à Norma ce que son voyage a pu signifier pour tant de gens. »

Il suffit pourtant de remonter la page Facebook pour comprendre que la démarche était attirante car les messages quotidiens étaient simples et universels : « où que nous allions, nous nous sentons chez nous », « vivez le moment présent », « faites le bonheur autour de vous ». Le lien entre Norma Jean Bauerschmidt et ses fans a dépassé la superficialité d’une simple discussion sur un réseau social, puisque beaucoup d’entre eux proposaient d’héberger la famille si jamais elle passait dans leur coin. Un message leur a d’ailleurs été adressé à la fin du voyage : « Il serait impossible d’accepter toutes les invitations que nous avons reçues, ni faire la liste de toutes celles dont nous avons profité, mais sachez que chacune nous a touchés. »

La fin de la vie de Norma est aussi la fin du voyage raconté en ligne. Sa famille a voulu célébrer la vieille dame voyageuse en invitant tous ceux qui le souhaitent à venir, le 7 octobre, à Friday Harbor, où un arbre sera planté en sa mémoire. Ceux qui ne pourront être là sont invités à ne pas envoyer de fleurs, mais plutôt d’offrir le bouquet à quelqu’un qu’ils aiment et à « parler de l’aventure de Miss Norma ».


jeudi 20 octobre 2016

Paella au chorizo

Voici un article sur la célèbre recette du non moins célèbre chef anglais Jamie Oliver.

Chorizo et paella, crème fraîche et carbonara… un sacrilège culinaire ?

LE MONDE | 07.10.2016  Par Violaine Morin

Scandale en Espagne, terre d’élection où sont nés d’une part le chorizo et d’autre part la paella. Il n’est pas question de mélanger les deux, même si des incultes franco-français vous ont peut-être fait croire le contraire. Or, quelqu’un a osé : le chef Jamie Oliver, qui anime des émissions de cuisine au Royaume-Uni, a déclenché une polémique en présentant sa recette personnelle du plat sur Twitter : « Difficile de trouver mieux que la paella pour faire de la bonne cuisine espagnole. Ma version combine des ailes de poulet et du chorizo. »

Une abomination pour les Espagnols, qui ont fait part de leur mécontentement en des termes plus ou moins nuancés : « Enlève le chorizo, nous ne négocions pas avec des terroristes, premier avertissement », a lancé un internaute. « Dans ma version du fish and chips, je mets des aubergines et du canard », a ironisé un autre.

José Andrés, un chef qui officie aux Etats-Unis, a réagi sur Twitter pour tenter de calmer les foules : « Peuple d’Espagne ! Je sais que vous estimez que cette photo ne ressemble pas à une paella. Mais c’est du riz à l’espagnole… laissons Jamie tranquille. » Une compatriote espagnole mariée à l’ancien vice-premier ministre Anglais Nick Clegg a également défendu Jamie Oliver : « Ce n’est définitivement pas de la paella. Mais c’est complètement stupide de dire que les Espagnols se sentent insultés par la recette de Jamie. La plupart des Espagnols (y compris moi) l’aiment pour sa manière de cuisiner et aussi sa façon d’être », a commenté Myriam Gonzalez Durantez sur Instagram.

Mais faut-il se mettre dans des états pareils pour quelques morceaux de chorizo ? L’affaire de la paella rappelle une autre mini-tornade numérique autour des pâtes à la carbonara. Les Italiens, à la différence des Français, cuisinent cette recette sans crème fraîche : c’est l’œuf mélangé à du parmesan incorporé aux pâtes avec un peu d’eau de cuisson qui donne cet aspect crémeux à la sauce. Et pour eux, ajouter de la crème n’a aucun sens, c’est même légèrement insultant (autre révélation majeure : les Italiens ne mettent pas d’huile d’olive dans l’eau de cuisson… c’est, selon eux, un truc inventé par les Français pour faire croire qu’ils s’y connaissent).

Au printemps 2016, une recette en vidéo publiée par Demotivateur en partenariat avec la marque italienne Barilla a fait scandale. On y voyait non seulement de la crème fraîche et des lardons manifestement industriels, mais aussi une nouvelle méthode de cuisson « one pot », « tout dans la même casserole ». Les internautes ont repartagé la vidéo (rapidement supprimée par Demotivateur) sur une page Facebook baptisée « Sai cosa mangi ? » (« Sais-tu ce que tu manges ? ») assortie du commentaire : « pardonnez-leur, parce qu’ils ne savent pas ce qu’ils font ».

Citer les dernières paroles du Christ en croix pour une histoire de lardons et de crème fraîche peut paraître un brin disproportionné. Tout comme hurler au sacrilège au point de nécessiter une intervention personnelle du président des Etats-Unis lorsque le New York Times propose une recette de guacamole aux petits pois.

C’est que notre rapport à la nourriture est irrationnel. Ce qui se joue dans les recettes ou les produits emblématiques d’un pays est profond, complexe et chargé d’émotions. La nourriture que nous mangeons touche à notre identité, à nos souvenirs, à notre histoire familiale. Il n’y a sans doute pas deux carbonaras identiques dans toute l’Italie, chaque famille ayant sa petite touche personnelle.

Mais comme le souligne Adam Gopnik, journaliste au New Yorker, ce que les Italiens ne supportent pas dans la recette « tout dans la même casserole », c’est aussi son extraordinaire simplicité. « Nous aimons nous faire croire que les plats simples exigent une maîtrise complexe. C’est la croyance fondamentale de tous les bons cuisiniers. (…) Si n’importe qui peut faire ce que nous faisons, que ferons-nous alors ? ». C’est peut-être aussi ce qui inquiète tant les puristes de la paella : n’importe qui peut imiter cette recette, donc la transformer.

Le journaliste rappelle qu’il est d’autant plus ridicule de s’inquiéter d’une distorsion supposée de la recette initiale que, à l’origine des plats en question (la carbonara, mais aussi la paella, inventée par les paysans de la province de Valence pour accommoder le riz) il y avait avant tout la nécessité de constituer un repas avec ce que l’on a sous la main.

« La pure vérité, qui se murmure autour des tables en Italie mais que l’on ne peut pas dire tout fort, c’est que tous ces plats, nés chez les paysans de telle ou telle province, sont censés être improvisés avec ce que l’on a, et non en fonction d’un plan écrit. La carbonara est un exemple d’une autre invention italienne : arte povera [“art pauvre”]. Elle est préparée avec ce qu’il y a dans le frigo, quand il n’y a rien d’autre dans le frigo, et comme tous les bons plats, la carbonara s’est épanouie dans un contexte de disette. »

Conclusion : si vous avez un morceau de chorizo qui traîne, vous pouvez l’ajouter à votre paella sans craindre d’insulter personne.


jeudi 7 avril 2016

Adieu aux sacs en plastique

La France lance un plan de bataille contre les sacs en plastique


LE MONDE | 31.03.2016 Par Martine Valo


En finir avec les sacs en matière plastique que l’on n’utilise qu’une seule fois et qui restent des siècles dans l’environnement : le sujet était débattu depuis plus de dix ans. La façon d’y parvenir se précise cette fois avec la publication d’un décret d’application de la loi de transition énergétique, jeudi 31 mars au Journal officiel. La distribution de sacs fins – d’une épaisseur inférieure à 50 micromètres – aux caisses des magasins sera interdite à partir du 1er juillet. Les grandes surfaces, les boulangeries, les pharmacies, les marchés, les stations-service : tous les commerces devront s’y plier.

C’est en fait un plan de bataille antiplastique, une source de pollution majeure des océans en particulier, qui se met en place. Car dans un deuxième temps, à partir du 1er janvier 2017, ce sera au tour des sacs alimentaires les plus minces, utilisés pour emballer les fruits, les légumes, les poissons, d’être bannis.

Il faut donc s’attendre à une relative révolution dans le comportement des Français, qui ont, certes, de moins en moins recours à ces poches à usage unique depuis que les supermarchés les ont rendues payantes, mais en consomment encore chaque année 17 milliards (dont 5 milliards aux caisses).

Pour célébrer l’événement, le ministère de l’écologie avait invité, jeudi, des fabricants de plastique… « biosourcé ». Car le papier ne suffira pas à remplacer les matières appelées à disparaître, ce qui place leurs propres produits sur le devant de la scène. D’ici à 2025, ceux-ci devront être progressivement composés à 60 % de « matière d’origine biologique à l’exclusion des matières intégrées dans des formations géologiques ou fossilisées ».

La loi ne prévoit pas seulement à quel rythme fécule de pomme de terre, amidon de blé, de maïs ou encore huile de tournesol, chardons et algues se substitueront progressivement aux dérivés de pétrole dans la fabrication de sacs de nouvelle génération. Elle anticipe que les futurs sacs devront être compostables par les particuliers dans leur jardin ou sur leur terrasse.

Concrètement, ils doivent pouvoir être dégradés par les bactéries en six mois, à une température ambiante de 26 °C. Le ministère écarte enfin la fausse solution des plastiques « oxodégradables », car ceux-ci contiennent un additif oxydant à base de sels de métaux qui fractionne la matière, la réduit en poussière, mais sans la faire disparaître.

« Nous remercions Ségolène Royal, lance John Persenda, PDG du groupe d’emballage Sphere. Avant sa loi sur la transition énergétique d’août 2015, il y avait déjà eu deux autres lois sur cette question, mais aucun décret d’application n’avait suivi. Celui-ci est très important ! Les plastiques sont des produits merveilleux et bientôt 100 % des matières biosourcés seront produites en France ou du moins en Europe de l’Ouest. »

« On avait investi en recherche depuis dix ans, sans retour, rapporte tout aussi enthousiaste Christophe Doukhi-de Boissoudu, du club Bio-Plastiques, qui promeut les plastiques biodégradables d’origine végétale. Pendant ce temps-là, les importateurs asiatiques ont pris la quasi-totalité du marché des sacs non biosourcés. » Tous deux promettent la création de trois mille emplois dans la nouvelle filière.

C’est peu dire qu’ils attendaient avec impatience l’officialisation des règles s’appliquant à leur secteur et l’interdiction des plastiques à usage unique. Celle-ci, initialement programmée au 1er janvier 2016, avait été repoussée de six mois. Et encore, « les lobbys, qui sont très forts, ont tenté de faire reculer la date », confie Ségolène Royal. « Ce type de sacs est un symbole de l’hyperconsommation et constitue un sujet de préoccupation des pays riches comme de ceux en développement. »

Le 29 avril 2015, l’Union européenne s’est dotée d’une directive obligeant les Etats membres à adopter des « mesures garantissant que le niveau de la consommation annuelle ne dépasse pas quatre-vingt-dix sacs en plastique légers par personne au 31 décembre 2019 », puis quarante, six ans plus tard. Chaque pays est libre d’agir à sa guise pour satisfaire cette exigence. Aiguillée sans doute par quelques industriels, Bruxelles a néanmoins tenu à vérifier que Paris ne trahissait pas la moindre règle de concurrence avant de donner son accord au lancement de ce plan de bataille.

Pollution redoutable à terre, le plastique — essentiellement sous forme de sacs — est un désastre écologique en mer. Une étude de la Commission européenne constate par exemple qu’en mer du Nord, 94 % des oiseaux en ont dans leur estomac. Une fois ingéré par les poissons, le plastique se retrouve dans la chaîne alimentaire. Il étouffe les coraux, empoisonne la majorité des tortues qui le prennent pour des méduses. Ces dernières, elles, l’apprécient. Il semble qu’à l’état de larve, elles se fixent sur ces particules pour étendre toujours davantage leur conquête des mers.



Martine Valo

jeudi 7 janvier 2016

Bonnes résolutions

Pour commencer cette année 2016 (que nous vous souhaitons excellente et pleine de réussite(s)), voici une interview sur le thème des bonnes résolutions. En avez-vous pris cette année?

Bonnes résolutions : « L’idéal est de n’en prendre qu’une seule à la fois »

Le Monde.fr | 01.01.2016 Propos recueillis par Marlène Duretz

La bonne résolution est au début de l’année ce que l’arête est au poisson et Laurel à Hardy. Indissociable à moins d’opter pour une côte de bœuf et le dernier Star Wars. Perdre du poids. Arrêter de fumer. Reprendre une activité sportive. Se coucher plus tôt. Mieux organiser son temps et ses loisirs. Et même, pour avoir posé la question à la cantonade, « faire preuve de plus de patience », « rendre moins service, pour ne pas dire cesser d’être con », « écouter plus fort Pierre Bachelet au bureau », « acquérir un pouvoir de nuisance » et même un « Les bonnes résolutions, je n’en fais plus ! ».

« Une bonne résolution est avant tout l’association de deux mots, explique Michelle Jean-Baptiste, auteure de Mes bonnes résolutions en action (Fortuna Editions, décembre 2015) et animatrice d’ateliers sur le sujet. Bonne, pour désigner ce qui apporte bien-être et bien-vivre, et fait avancer dans la bonne direction. Résolution, du latin resolvere, qui signifie “défaire ce qui est noué”. »

Qu’est-ce qu’une bonne résolution ?

Michelle Jean-Baptiste : Une bonne résolution est avant tout un engagement que l’on fait envers soi-même, une action-solution bénéfique qui nous amène à répondre à un ou plusieurs besoins, à nous défaire de tensions, à nous fixer des objectifs de retour à la normale ou à un mieux-être. Il ne faut toutefois pas la confondre avec quelques joyeuses contrefaçons de première classe comme les souhaits, les fantasmes, les espoirs et les rêves qui, par leur côté flou, irréaliste ou extrême, ne nous permettront pas de nous y tenir. A la base, une bonne résolution ne doit dépendre que de nous.

Prendre une bonne résolution, à quoi bon ? Et plusieurs, c’est illusoire ?

MJB: Prendre une bonne résolution, c’est décider d’agir et de prendre sa vie en main. Cette action est souvent synonyme de changement. Il consiste à modifier quelque chose dans sa vie, quelque chose qui cloche, qui nous frustre, qui nous ennuie et de la remplacer par ce qui nous épanouit, qui est plus en accord avec nos aspirations personnelles et ce, quel que soit le domaine visé (santé, famille, couple, travail…). Une bonne résolution revient à se donner rendez-vous avec soi-même pour réaliser une action concrète dans un temps imparti.

L’idéal est de ne prendre qu’une seule bonne résolution à la fois en rapport direct avec ce qui a le plus d’importance et de sens dans notre vie aujourd’hui. L’objectif est de focaliser le tir afin de mobiliser tous les moyens, toutes les ressources et toute l’énergie nécessaires pour y arriver. Une fois la première bonne résolution choisie et réalisée, il sera temps de s’attaquer à la seconde, puis à la troisième et ainsi de suite.

Pourquoi une bonne résolution est-elle si difficile à tenir ?

MJB: Tenir une bonne résolution est difficile car, comme toujours en matière de changement, et notamment de changements importants, il s’agit de modifier ses habitudes et de fournir des efforts importants dans un laps de temps souvent mal estimé. En clair, on veut tout obtenir tout de suite, tout seul et sans effort.

Or, cela ne marche pas comme ça. On est souvent trop approximatif dans la définition de son objectif, et des étapes et ressources intermédiaires nécessaires. Comment voulez-vous atteindre une cible si vous n’avez ni le bon arc, ni les bonnes flèches, ni la technique de l’archer et, qu’en prime, vous êtes myope et que la cible est mal définie ou trop mobile ?

Quels conseils donneriez-vous pour ne pas faillir ?

MJB: Le premier conseil est de prendre le temps nécessaire en amont pour bien définir sa bonne résolution et en faire un objectif “SMART” c’est-à-dire un objectif Simple, Mesurable, Ambitieux, Réaliste et Temporel. En clair, exit les objectifs trop compliqués, sans échéance, trop peu attractifs pour donner envie de s’y mettre ou inversement positionnés comme des plans sur la comète dont on ne peut pas mesurer concrètement la réalisation.

Le deuxième conseil est de bien prendre conscience des étapes, du temps et des moyens à rassembler pour y arriver. On a trop tendance à les sous-estimer. Chacune des étapes doit être envisagée dans le détail, c’est-à-dire à la fois en termes d’action, de ressources et surtout de timing.


Enfin, n’oublions pas qu’il n’y a pas de réussite sans échec et qu’il nous a tous fallu apprendre à marcher en tombant puis en nous relevant plusieurs fois. Aussi, mon troisième conseil est-il d’être indulgent avec soi-même et de se féliciter pour chaque pas franchi, aussi petit soit-il.

jeudi 28 mai 2015

Gaspillage alimentaire

Gaspillage alimentaire : « Il faudra des moyens pour gérer les nouveaux dons »
Le Monde.fr | 22.05.2015 par Jérémie Lamothe

Dans le cadre de l’examen de loi sur la transition énergétique, l’Assemblée nationale a adopté à l’unanimité, jeudi 21 mai, trois amendements qui interdisent à la grande distribution de jeter leurs invendus.  Les distributeurs alimentaires devront s'efforcer de prévenir tout gaspillage, ou à défaut d'utiliser leurs invendus au travers de dons, pour l'alimentation animale ou encore à des fins de compost pour l'agriculture, valorisation énergétique... Les moyennes et grandes surfaces de plus de 400 m² auront l'obligation de conclure une convention avec une association caritative afin de faciliter les dons alimentaires.

Une obligation légale qui vient consolider un système qui existe déjà, rappelle Jacques Bailet, président de la Fédération française des banques alimentaires : « Cet amendement renforce la solidarité qui était déjà présente entre distributeurs et associations. Nous travaillons avec près de 2 000 grandes surfaces, c’est notre principal contributeur. » Ainsi sur les 100 000 tonnes de denrées alimentaires que distribuent chaque année les Banques alimentaires, 35 % viennent des grandes surfaces. « Et il y a eu une progression de 10 % entre 2013 et 2014 », précise Jacques Bailet.

Le vote des députés est également une très bonne nouvelle pour l’association Le Chaînon manquant, qui fait le lien entre la grande distribution et les associations alimentaires. Pour son délégué général, Julien Meimon, « ce vote contribue à mettre l’accent sur la lutte contre le gaspillage alimentaire. Ça va permettre d’amplifier et de dynamiser un système qui existe déjà ».

Mais si l’unanimité a été trouvée dans l’Hémicycle et chez les associations alimentaires, la grande distribution ne s’associe pas à ce consensus général. Pour Jacques Creyssel, délégué général de la Fédération du commerce et de la distribution (FCD), ces amendements « viennent rajouter de nouvelles contraintes et de la paperasse supplémentaire ». « Nous comptons 4 500 magasins qui ont déjà des partenariats avec les associations alimentaires, poursuit M. Creyssel. Ces amendements viennent compliquer un système qui marche. »

Du côté de la Croix-Rouge, on reconnaît que « le système de conventions entre les associations et la grande distribution existe déjà ». Mais pour Patrice Dalem, directeur de l’action sociale chez l’association humanitaire, le vote des députés permet « une prise de conscience de la part de ceux qui n’étaient pas dans cette démarche. C’est une dynamique vertueuse qui est mise en place. »

Mais le délégué général de la FCD n’en démord pas. Ce dernier se soucie particulièrement des plus petites surfaces : « On sait bien que dans les grandes surfaces ça se passe bien, mais pour les plus petites, celles qui font entre 400 et 1 000 m², ça sera plus compliqué de respecter ces obligations. Elles se situent souvent en centre-ville, elles ont peu de produits qui peuvent être donnés et elles n’ont pas forcément d’entrepôt de stockage. »

Ces nouvelles obligations vont également demander une logistique accrue aux associations alimentaires. Ces dernières vont devoir s’adapter pour faire face à l’explosion des dons. C’est le cas des Banques alimentaires, prévient Jacques Bailet : « Il va falloir assurer des moyens humains et matériels pour gérer ces nouveaux dons. Il faut que les associations bénéficient de moyens complémentaires de la part des collectivités locales, des mécènes et des enseignes de la grande distribution. »

Les associations mettent notamment en avant la déduction fiscale de 60 % dont bénéficient les grandes surfaces après chaque don. Pour M. Bailet, « il paraît normal qu’une partie de cette déduction fiscale soit recyclée vers les associations, pour nous permettre de nous équiper en biens logistiques ». Si le président des Banques alimentaires souligne le bon comportement de Carrefour, « qui nous a déjà livré près de 200 camions frigorifiques », il met en garde les autres groupes qui ne voudront pas apporter une aide financière aux associations : « Nous mettrons les autres enseignes en face de leurs responsabilités. »


Mais pour le délégué général de la FCD : « On aide déjà beaucoup les associations. Des fondations ont été créées par les grands groupes pour financer des camionnettes, des entrepôts… On ne peut pas à la fois donner et financer le système. » Pour lui, c’est désormais à « l’Etat et aux collectivités locales de prendre leurs responsabilités ».

Cliquez sur ce lien pour accéder au reportage sur les glaneurs.

mardi 13 janvier 2015

La Marche Républicaine

« Hier, la France a repris la Bastille »

Le Monde.fr | 12.01.2015  Par Manon Rescan

« Ils sont venus par plusieurs centaines de milliers : des jeunes, des vieux, black-blancs-beurs, de gauche comme de droite. Il y avait des hommes âgés coiffés de bérets, de jeunes hommes noirs portant des casquettes de baseball, des juifs avec leur kippa, des musulmanes voilées. » Le journal britannique The Independant, comme pour la plupart des titres de la presse internationale, célèbre l'immense mobilisation qui a gagné la France dimanche. « Au moins 1,5 million de personnes ont marché (voire jusqu'à deux millions), ou en tout cas ont essayé de marcher dans une foule qui était trop dense pour permettre d'avancer, dans le centre de Paris. Ils ont marché “pour la République”, “contre la haine” et “pour l'Histoire”. »


« Une impressionnante volte-face, souligne le Wall Street Journal, dans une ville qui, quelques jours auparavant, vivait dans une atmosphère plombée par les coups de feu et les bains de sang. »

Ces attaques ont « plongé le pays dans le deuil et la tristesse visibles sur les visages de ceux qui ont essuyé des larmes [dimanche], raconte le New York Times. La marche de dimanche a servi de grande catharsis nationale après une explosion de terreur. » « Le peuple français a découvert une forme de réconfort collectif en se rassemblant, dimanche, pour dire “nous n'avons pas peur”. Alors que la nuit tombait, ils ont continué à marcher et à se rassembler, refusant de quitter cette foule réconfortante et ce moment d'Histoire », analyse The Guardian.

Une catharsis qu'El País a vu s'exprimer dans la joie. « Ce fut un jour très triste et très festif à la fois », décrit le quotidien espagnol. Il en veut pour preuve cette fin de rassemblement où « la marche s'est presque muée en une fête, une fanfare avançant vers la place de la Bastille, entourée des drapeaux français et de ceux de pays musulmans, scandant le mot “liberté” ».


« On n'avait pas vu une foule si vaste et si diversifiée marcher dans les rues de Paris depuis le soir de la victoire de la France lors de la Coupe du monde 1998, assure The IndependantUne joie spontanée avait alors explosé dans les rues. Cette fois, ce fut un cri de résistance. »

« La journée se poursuit à l'identique. Sans incident. Sans confrontation. Sur fond d'applaudissements adressés aux forces de l'ordre. Du jamais-vu dans l'habituelle pagaille française », s'étonne le quotidien suisse Le Temps, qui titre « Le jour où Charlie a envahi Paris ».

« Depuis quand, plongés dans un quotidien socio-économique plus qu'éprouvant, les Français avaient-ils été fiers, tellement fiers, d'être français, d'être ensemble, à tel point que beaucoup ne voulaient plus quitter les places, de la République, de la Bastille, de la Nation ? », s'enthousiasme le quotidien libanais L'Orient Le jour, qui parle déjà de « révolution des crayons ».

« Personne en France ne pensait que cela pouvait effectivement arriver, poursuit L'Orient le jourQu'une “insurrection républicaine”, pour reprendre Raphaël Enthoven, pouvait exister dans la France du XXIe siècle, dans une Ve République percluse de douleurs, de doutes, d'angoisses ; qu'elle pouvait se faire par et pour des Français pourtant caricaturés volontiers de par le monde en ultrarâleurs, égoïstes et grands paresseux. Hier, la France a repris la Bastille. »

« Mais le bilan des attaques met la France face à d'autres défis, l'antisémitisme grimpant et les risques de conséquences sur la communauté musulmane en cas de récupération par l'extrême droite », rappelle le Washington Post.

« Aucun angélisme, aucun irénisme possible, conclut L'Orient Le JourLa France ne se réveillera pas aujourd'hui débarrassée de ses crises en tout genre, la croissance n'est pas pour demain non plus. Mais quelque chose s'est passé hier. La France était “vivante comme jamais”. Aux Français de (continuer à) jouer, désormais.  »

Voici le lien vers cet article dans le journal le Monde.